Le gouvernement veut faire payer l’eau plus cher en été qu’en hiver

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François de Rugy et Emmanuelle Wargon ont présenté ce lundi leurs mesures pour lutter contre le risque de pénurie d’eau et mieux gérer cette ressource vitale. Ce plan prévoit la mise en place de tarifications variables pour pénaliser les plus gros consommateurs et le renforcement de l’utilisation d’eaux usées pour les activités courantes comme le lavage des voitures et l’arrosage des espaces verts. 

“Il y a une forme de culture de l’eau qui doit évoluer, on s’est trop habitué à avoir des ressources abondantes bon marché”. À l’occasion de la clôture de la seconde phase des Assises de l’eau, le ministre de la Transition écologique François de Rugy et la Secrétaire d’État Emmanuelle Wargon ont présenté ce lundi matin plusieurs mesures pour lutter contre le risque de pénurie d’eau.

Des annonces qui interviennent alors qu’une vingtaine de départements  subissent actuellement des restrictions d’eau consécutives aux fortes chaleurs et aux faibles précipitations des derniers jours. Et ces épisodes de sécheresse sont amenés à se répéter en raison du réchauffement climatique, les experts estimant que le débit moyen des cours d’eau français devrait diminuer de 10 à 40% à horizon 2050-2070 comparé à aujourd’hui.

Pour être à la hauteur de l’enjeu, le gouvernement vise un objectif de réduction des prélèvements d’eau de 10% en 2025 et de 25% d’ici quinze ans. Après sept mois de travaux menés par des experts, associations et agriculteurs, l’exécutif a tiré ses conclusions et fixé trois champs d’action pour y parvenir: l’économie d’eau, la protection des captages et la préservation des rivières et milieux humides. 

Tarifications variables 

Pour ce qui est du volet “économie d’eau”, le gouvernement souhaite favoriser la mise en place d’une tarification saisonnière incitative aux économies d’eau. En clair, les collectivités pourraient être autorisées à moduler le tarif de l’eau de sorte qu’il soit plus élevé l’été que l’hiver.

Une autre idée serait de rendre l’eau plus cher au-delà d’un certain seuil de consommation afin de toucher les plus gros consommateurs propriétaires de piscine ou lavant régulièrement leur voiture par exemple. Une tarification “résidences secondaires” est également envisagée. Les incidences de telles mesures sur les ménages les plus modestes pourront être limitées grâce à la mise en place par les collectivités d’une tarification sociale de l’eau. 

Pour assurer la prévention, des ambassadeurs de l’eau, avec l’appui de volontaires du service civique, seront nommés. Leur rôle sera d’aider les ménages à mieux gérer leur consommation et détecter les éventuelles fuites plus précocement. Dans le secteur du bâtiment, toutes les constructions devront intégrer dans leur plan dès 2022 des dispositifs pour économiser l’eau.

Renforcer l’utilisation des eaux usées

Autre objectif majeur: tripler les volumes d’eaux non conventionnelles réutilisées d’ici 2025, qu’il s’agisse des eaux usées traitées, des eaux de pluie, des eaux usées domestiques, etc. 

“On ne consomme que 20.000 litres en France d’eau réutilisée, alors qu’on est à 800.000 en Italie. Donc on a énormément de marge. On souhaite multiplier par trois la quantité d’eau réutilisée à partir des eaux de pluies ou des eaux dîtes non-conventionnelles, il y a plein d’expériences internationales, il suffit de s’en inspirer”, a déclaré Emmanuelle Wargon ce lundi matin sur RMC. 

Par exemple, les stations de lavage de voitures utilisent aujourd’hui de l’eau potable alors que des eaux usées traitées pourraient très bien faire l’affaire. Même chose pour l’arrosage d’espaces verts. La réglementation sera donc adaptée pour autoriser de nouveaux usages de ces eaux. 

Restaurer la qualité des eaux à la source

Le second levier réside dans la protection des captages d’eau, c’est-à-dire des dispositifs de prélèvements d’eau destinés à l’alimentation en eau potable. Car plus une aire de captage est polluée, plus l’eau coûte cher à traiter. L’exécutif veut ainsi donner aux collectivités les moyens de favoriser les pratiques agricoles durables pour préserver la qualité de l’eau à la source. Pour réduire les épandages de produits chimiques à proximité de sources ou de nappes phréatiques, celles-ci disposeront à l’avenir d’un droit de préemption sur les terres agricoles dans ces zones. Des engagements seront également pris avec le secteur agricole pour réduire d’ici à 2022 les pollutions de l’eau sur au moins 350 captages.

En 2013, 1000 captages d’eau prioritaires ont été identifiés. Chacun d’entre eux doit disposer d’un plan d’action spécifique. Or, seule la moitié font pour l’heure l’objet d’un tel plan. Le ministère de la Transition écologique veut que la totalité soit concernée d’ici fin 2021.

Préserver les cours d’eaux 

Dans la régulation du climat, les rivières, fleuves et autres milieux humides jouent un rôle central. Pour les maintenir en bon état, 25.000 km de cours d’eau seront restaurés d’ici 2022 grâce à un plan national de revitalisation des rivières. En outre, le superficie des aires protégées contenant des milieux humides sera doublée d’ici 2030.